(...)
Le contre univers que nous propose Robert Devriendt est un univers de fragments. Cette notion est intrinsèque à celle du regard puisque regarder signifie nécessairement sélectionner. Le principe même de cette sélection est inconscient - pourquoi regarde-t’on cette image plutôt qu’une autre ? - et chaque sélection est en même temps une interprétation cachée. Mais l’artiste lève une partie du voile dans son processus de création : "C’est une sélection d’images qui nous attaquent tous les jours". Quelles sont ces images ?: des fragments de corps tirés de publicités pour lingerie féminine, un avion de chasse dans un ciel serein (un oiseau en métal mais aussi la technologie la plus sophistiquée pour tuer), des visages de femmes tirés de magazines érotiques, un groupe de paraboles (objet de communication des images), des parties d’objet ou de mobilier, donc des objets culturels (lustre, table Empire, commode en marbre…).
Ces images provenant de plus en plus de magazines sont comme sublimées par l’entre-deux vide des tableaux et les multiples associations que ce vide suscite. Lors de l’accrochage d’une série de toiles composant une œuvre le peintre soigne tout particulièrement l’écart entre les tableaux, l’emplacement respectif de chacun et peut proposer plusieurs compositions possibles (en ligne, en nuage...). Ces compositions sont pour l’artiste surtout des déconstructions : "Je prends certains fragments et je les mets dans un autre contexte, en psychologie on sait que tout change dès qu’une chose, fût-elle minime, change de position". Cette sorte de montage fait naître de multiples regards et interprétations qui ne sont pas sans rappeler "l’effet Koulechov" en cinéma, la base du "montage par attraction" chez Eisenstein. Le sujet regardant le tableau est ainsi amené à se perdre non pas dans l’abîme d’un paysage mais dans les abîmes que creusent les tableaux dans leurs rapports, se perdre dans les profondeurs de l’intime, de l’inconscient aussi. Ainsi la forme phallique de l’avion de chasse (le prédateur d’aujourd’hui ?) à côté d’un visage de femme qui jouit, le regard du prédateur félin et la peau de panthère d’un coussin, le monochrome rouge qui se fait l’écho du rouge à lèvre imperceptible dans un visage de femme placé plus haut et qui renvoie tout aussi bien au bosquet de fleurs rouges au bas de la composition qui a pour titre " histoire intime ".
(...)
Catherine Laubier et Yves Brochard
in Essai Intime, Château d’Oiron, 2005
Le contre univers que nous propose Robert Devriendt est un univers de fragments. Cette notion est intrinsèque à celle du regard puisque regarder signifie nécessairement sélectionner. Le principe même de cette sélection est inconscient - pourquoi regarde-t’on cette image plutôt qu’une autre ? - et chaque sélection est en même temps une interprétation cachée. Mais l’artiste lève une partie du voile dans son processus de création : "C’est une sélection d’images qui nous attaquent tous les jours". Quelles sont ces images ?: des fragments de corps tirés de publicités pour lingerie féminine, un avion de chasse dans un ciel serein (un oiseau en métal mais aussi la technologie la plus sophistiquée pour tuer), des visages de femmes tirés de magazines érotiques, un groupe de paraboles (objet de communication des images), des parties d’objet ou de mobilier, donc des objets culturels (lustre, table Empire, commode en marbre…).
Ces images provenant de plus en plus de magazines sont comme sublimées par l’entre-deux vide des tableaux et les multiples associations que ce vide suscite. Lors de l’accrochage d’une série de toiles composant une œuvre le peintre soigne tout particulièrement l’écart entre les tableaux, l’emplacement respectif de chacun et peut proposer plusieurs compositions possibles (en ligne, en nuage...). Ces compositions sont pour l’artiste surtout des déconstructions : "Je prends certains fragments et je les mets dans un autre contexte, en psychologie on sait que tout change dès qu’une chose, fût-elle minime, change de position". Cette sorte de montage fait naître de multiples regards et interprétations qui ne sont pas sans rappeler "l’effet Koulechov" en cinéma, la base du "montage par attraction" chez Eisenstein. Le sujet regardant le tableau est ainsi amené à se perdre non pas dans l’abîme d’un paysage mais dans les abîmes que creusent les tableaux dans leurs rapports, se perdre dans les profondeurs de l’intime, de l’inconscient aussi. Ainsi la forme phallique de l’avion de chasse (le prédateur d’aujourd’hui ?) à côté d’un visage de femme qui jouit, le regard du prédateur félin et la peau de panthère d’un coussin, le monochrome rouge qui se fait l’écho du rouge à lèvre imperceptible dans un visage de femme placé plus haut et qui renvoie tout aussi bien au bosquet de fleurs rouges au bas de la composition qui a pour titre " histoire intime ".
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Catherine Laubier et Yves Brochard
in Essai Intime, Château d’Oiron, 2005